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Quel avenir pour la coopération en économie sociale et solidaire (ESS) en milieu rural ?


Thèse de Noémie MOURET (ESO Rennes)
Direction :
Financement :
  • CIFRE : Coopérative Ideal

Composition du jury :


    “Parler de coopération, c’est fondamentalement parler d’humanité qui s’insère dans un projet économique.”

    (André Martin,
    chercheur à l'Institut de recherche et d'éducation pour les coopératives et les mutuelles de l'Université de Sherbrooke (IRECUS), 2013)

    La coopération, un principe humain vieux comme le monde ?

    A en croire la littérature, la réponse n’est pas si évidente. Le mot “co-operare” - travailler ensemble selon le socialiste Britannique Robert Owen - résulterait des questions soulevées par l’Europe des Lumières à l’aube de notre système capitaliste.  Ce capitalisme naissant, dont on disait alors qu’il faisait de l’homme “un loup pour l’homme” (Dohet, 2018). Le mouvement coopératif, projet à la fois politique et économique porté par le socialisme en opposition au modèle libéral, se diffuse depuis le XIXe siècle en Europe et en Amérique du Nord, et notamment en France, en Belgique, en Italie et au Québec (où il est l’un des plus développés au monde).

    Aujourd’hui en France, le paysage des coopératives est très éclectique. Des mastodontes de la production agroalimentaire aux Scic coordinatrices de Tiers Lieux ruraux, le fossé est parfois immense. Cela s’observe tant d’un point de vue de la performance économique que des valeurs prônées. En 2020, la Confédération Nationale des Sociétés Coopératives comptait 3611 sociétés scop et scic, totalisant un chiffre d’affaires de 6,3 milliard d’euros pour 67200 emplois, (dont un sur six dans le grand ouest). Si l’an dernier les bénéfices et l’emploi progressent de respectivement 8% et 6% dans ces structures, il semble que la coopération reste une façon d’entreprendre méconnue, marginalisée, voire raillée par une partie de la société néo-libérale (André Martin, 2013).

    Pourtant, la coopération a fait ses preuves  dans la recherche d’alternatives  suite aux différentes crises économiques, telles que le krach financier de 2008. C’est l’exemple, entre autres, du combat emblématique des ouvrièr.e.s de l’usine Fralib qui ont créé la SCOP-TI. C’est d’ailleurs particulièrement autour de la question d’une production alimentaire biologique, durable et locale qu’une importante partie des coopératives se sont constituées ces dernières années (Dohet, 2018).

    D’autre part, les chercheur.e.s semblent observer les effets d’une institutionnalisation croissante de la coopération à travers l’application de la loi dite “ESS” du 31 juillet 2014 (Richez-Battesti et Malo, 2012). En effet,  la délégation croissante du service public crée d’importantes mutations économiques dans les coopératives. Les financements par appels à projets, le creusement des inégalités sociales, territoriales et sectorielles de l'activité, la délocalisation des capitaux sont autant de facteurs qui renforcent la concurrence entre les structures. Ils favorisent les économies d’échelle et fragilisent les valeurs de la coopération : responsabilité, démocratie, égalité, solidarité et équité.

    Cependant, cette institutionnalisation s’accompagne également par la création de nouveaux outils au service du développement des territoires. C’est l’exemple des Pôles Territoriaux de Coopération Economique (PTCE). Ainsi, ces dispositifs soutenus par l’Etat ont vocation à dépasser les besoins de “gestion de crise” pour faire émerger des alternatives durables. Pour Fraisse et Gianfaldoni (2017) “Il est de la responsabilité des acteurs de l'ESS de construire une perspective nouvelle. Aux côtés des coordinations administrative et concurrentielle, la coordination coopérative (ou « régulation coopérative ») sur les territoires peut être un formidable levier pour une économie de la proximité (qui valorise les activités territorialisées), de la connaissance (où les rendements croissants s'appuient sur des pratiques collaboratives), de la fonctionnalité (où l'usage prime sur la propriété individuelle), de la circularité (où la collectivité préserve les ressources naturelles comme « biens communs »). Ces coopérations territoriales permettront alors d'imaginer des coopérations supra locales qui participeront à redéfinir les règles générales de la production et de l'échange.”

    Ainsi, l’Economie Sociale et Solidaire, parce qu’elle porte des valeurs et principes centrés autour de l’humain et de son environnement dans la construction de projets collectifs, semble proposer aux citoyen.ne.s les moyens pour co-construire une autre histoire commune à l’échelle de leur territoire,  et un nouveau contrat social à l’échelle nationale (Bernon et Morvan, 2021). C’est dans ce contexte que le PTCE Nord Ouest de la Loire-Atlantique (NOLA), animé par le Groupe Coopératif IDEAL et articulé autour de deux tiers-lieux sur les thématiques du système alimentaire territorialisé et la filière réemploi-recyclage, incarne ce “rêvalisable” (Glémain, 2021). Ce travail de recherche s’inscrit dès lors sur un terrain particulièrement fertile, où les structures coopératives présentes depuis les années 1990 poursuivent leur idéal de développement solidaire territorial. 

    Questionnement :

    Pourquoi le PTCE Nola résiste-t-il à l’épreuve du temps ? Quel(s) rôle(s) jouent les tiers lieux ruraux dans la capacité à coopérer d’un territoire ? Comment encourager la coopération ? Y a-t-il un “savoir-faire” coopératif sur les territoires ? Peut-il se transmettre ? Par quel(s) moyen(s) ? Comment sensibiliser les porteur.euse.s de projet à la coopération et à l’action collective ? Comment les structures coopératives peuvent-elles susciter la reconnaissance, l’adhésion et la participation des acteurs, des bénéficiaires et des citoyens ? Quelles dynamiques relationnelles inscrivent les innovations sociales sur un territoire rural ?

     

    Notre étude s’articulera autour de la problématique suivante :

    Quel avenir de la coopération en ESS peut-on imaginer sur nos territoires ruraux ?

    En outre, notre propos s’articulera autour de trois axes de recherche  :

    • Les processus par lesquels les acteurs d’un territoire viennent à coopérer.
    • Les moyens et dispositifs de coopération dans un contexte territorial rural.
    • L’accompagnement à la coopération entre acteurs du développement local.